Comment être prêt à détecter un abus sexuel envers nos enfants
Dans le dernier article on a vu combien c’est difficile, pour la plupart entre nous, de parler du sexe, a fortiori avec un enfant. Que pour les adultes, la sexualité apparaît banalisée, mais dès qu’il s’agit des enfants, on ne sait pas comment s’y prendre.”
C’est une des raisons pour la quelle une situation d’abus envers nos enfants peut se produire sans que personne ne se rende compte.
Dans l’article titulé « Façons de protéger nos enfants – parlons de la réalité des pédophiles“ je parle de la réalité qu’un pédophile n’est pas, la grande majorité du temps, un homme effrayant avec des vêtements sombres, caché dans une cour de récréation.
Que nous devons réaliser et accepter la réalité que 94% des agressions sexuelles sont faite par des personnes les plus fiables, respectées et productives dans notre entourage.
Nous voilà arriver au thème de cet article:
« Détecter l’abus sexuel subis par les enfants »,
tiré du livre de Gérald Brassine
« Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants. Faut-il parler de ça aux enfants ? » Deuxième partie.
Pour lire la première partie, regardez cet article.
Voyons la première question traitée dans ce chapitre :
1. Pourquoi les enfants ne parlent pas (P.35)
L’auteur explique :
« Le mur de silence que notre culture a dressé depuis des siècle devant tout ce qui touche au sexe a créé un tabou qui produit un malaise chez l’adulte et n’invite pas l’enfant à parler. (…)Toutefois, mieux les enfants sont informés et soutenus par la culture familiale, plus vite et facilement ils se confieront en cas de problème. »
La manipulation mentale (p.36)
Il continue de décrire une manipulation mentale que l’abuseur exerce sur l’enfant, profitant de ce climat de silence au tour de ce sujet. Il va façonner l’esprit de l’enfant de manière à lui faire considérer comme normale une sexualité déviante.
« un enfant ne fait pas la différence entre l’obligation de finir son assiette, de ranger sa chambre et d’être sage chez la gardienne… même si la gardienne ou son compagnon abuse de lui. Pour l’enfant, le seul horizon, c’est d’obéir à l’adulte, point. Y compris lorsqu’il ne discerne pas les raisons de ce qui lui est demandé. Cette position fait de lui une proie fragile, manipulable aisément. »
Les chantages, les cadenas (p.37)
Ensuite, il a le chantage, induisant une culpabilité chez l’enfant ou même en recourant à la violence :
« Si tu le dis, je me tue »,
« Si tu dis non, c’est que tu ne m’aimes plus »,
« C’est notre petit secret »,
« Je dirai que tu mens et personne ne te croira »,
« Si tu parles, c’est toi qui serait puni et pas moi »,
« C’est pour ton bien »,
« C’est une punition, tu la mérites »,
« C’est toi qui l’as souhaité »,
Si tu parles, je le ferai à ton frère/ta sœur » etc…
Le cloisonnement (p.38)
« L’abuseur arrive parfois à s’assurer le secret alors qu’il abuse de plusieurs enfants d’une même famille. Dans ce cas, il veille soigneusement à cloisonner ses agissements et ses victimes, en opérant avec chacune d’elles à l’insu des autres.
Il peut alors dire, par exemple :
« si tu refuses, je le fais à ton frère/ta sœur ».
Le silence ambiant et le cloisonnement mis en place embrouillent et perturbe l’identification des abus et de l’abuseur.
L’impuissance acquise (p.39)
Certaines victimes – enfants ou même adultes -, qui subissent des abus à répétition, peuvent donner à penser qu’elles le cherchent… « Ce n’est évidemment pas le cas ; en réalité, ces personnes souffrent de ce que l’on appelle « l’impuissance acquise ».
Il s’agit d’un sentiment d’impuissance dans lequel la victime plonge à l’occasion d’un premier abus ou d’une agression et qui se fixe instantanément dans sa mémoire. Cette forme d’impuissance persiste à l’état latent, mais est systématiquement réactivée, tout au long de sa vie, chaque fois que la victime se trouve face à un abuseur ou à n’importe quel abus.
La culpabilité (p.41)
Brassin nous explique qu’il est malheureusement fréquent que certaines victimes se taisent pendant des années parce qu’elles se sentent coupables de ce qu’elles ont vécu :
« toute personne qui subit un traumatisme (cela peut être un banal accident de voiture aussi bien qu’une agression sexuelle » se sent, sinon coupable au moins responsable de ce qui lui est arrivé. Il est de même pour un enfant ou adolescent sexuellement abusé.
Le plaisir sexuel mécanique (p.43)
Un plaisir automatique, strictement physiologique n’est nullement synonyme de consentement ni même de désir inconscient.
C’est une réponse physique aux caresses, aux attouchements ou la masturbation. Mais cette réponse physique n’implique en rien la participation volontaire à l’acte.
Mais cette sensation troublante perturbe horriblement la victime par rapport à ce qu’elle vit aou à ce qu’elle a vécu, car elle a l’impression d’une trahison de son corps.
L’amnésie (p.44)
Bien que cela paraît inconcevable qu’on puisse « oublier » une agression, certains victimes gèrent l’insupportable par cette stratégie d’évitement mental qui lui fera « oublier » les événements.
Le cumul de la souffrance, de sentiment douloureux et de désillusion à propos de l’abuseur se fait parfois trop pénible à supporter.
La peur de décevoir (p.45)
Un enfant se tait aussi par la peur de décevoir. Une peur qui vient du sentiment de culpabilité qu’il ressent à un point tel qu’il va parfois chercher la punition qu’il croit mériter en se montrant difficile.
Ce sentiment de culpabilité peut venir du fait que :
- Son agresseur est considéré comme gentil par son entourage. (on sait que cela fait partie de la stratégie des pédophiles d’avoir une approche de la famille particulièrement affable et courtoise. )
- Qu’il (l’enfant) ne dénonce pas les faits ; de son point de vue, il trahit la confiance et l’amour de l’adulte qui continue à vouloir être proche de lui. (Surtout par rapport à sa mère : même si l’abuseur exige de lui qu’ils ne disent rient, il aura la sensation de trahir sa mère à laquelle, jusqu’alors, il disait tout.) Ce sentiment sera renforcé si l’abuseur utilise des cadenas du type :
« Si tu le dis, elle en mourra, elle aura honte de toi ».
Voyons la deuxième question traitée dans ce chapitre :
2. Pourquoi les adultes ne voient pas
On est empêché d’envisager le pire (s.47)
Plus que 70 % des conjoints non-abuseurs n’ont rient constaté de l’abus que l’enfant à subi.
Cela parce que les abuseurs sont très habiles de cacher ce qui font. En plus, c’est une réalité qui implique trop de souffrance.
Brassin souligne cette réalité en disant :
« Des qu’il s’agit de sexe, de douleur ou d’une immense déception possible, nous sommes comme empêchés de voir et de comprendre, empêchés de constater et de réaliser le pire. La plupart des gens refusent de voir « ca » et ce n’est bien souvent que lorsque le pire se relève aux yeux de tous que les changements de comportement ou les remarques de l’enfant prennent sens. »
Les abuseurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit… (p.50)
Comme je l’ai mentionnée au début, nous savons que les abuseurs existent, bien sûr, maîs nous avons d’eux une représentation très Eloignée de la réalité. En fait, l’abuseur n’est pas – et n’a peut-être jamais été – ce monsieur qui attire les enfants avec des bonbons. Les affaires de pédophilie dont la presse parle nous ont ouvert les yeux à cet égard, mais pas assez !
L’auteur insiste sur le fait que :
- L’abuseur peut être un autre enfant ou un adolescent qui, d’ailleurs, est parfois victime lui-même d’abus sexuel.
- L’abuseur peuvent être des femmes, agissant parfois sous la pression d’un homme mais aussi pour leur propre compte.
La distorsion cognitive (p.52)
Une distorsion cognitive se rencontre chez toutes les victimes d’un traumatisme important, que ce soit un viol, un accident de voiture ou une catastrophe naturelle…. C’est une des manifestations de l’état de stress post-traumatique (ESPT). La distorsion cognitive va générer une version errronée mais quasi automatique des faits et un sentiment tu type :
- « Je suis responsable »,
- « Je suis coupable ».
Ce mécanisme amène la fill ou le garçon abusé, la femme violée, a penser quasiment toujours
« c’est de ma faute, je suis une allumeuse ; je l’ai attiré.. »
Les abuseurs brouillent les pistes (p.53)
« Conscient de la perversité de ses agissements, l’abuseur s’entend à cultiver notre aveuglement et brouille les pistes en masquant ses comportements. Souvent, il affiche en public une personnalité bonhomme, gentille, douce pour recueillir l’approbation de tous, mais en secret son comportement vis-à-vis de l’enfant est cruel. Lorsqu’on découvrira qu’il y a abus, il a va nier, se montrer scandalisé ou même orienter les soupçons vers d’autres personnes ; il est toujours manipulateur (…)
Les symptômes sont divers, inattendus ou invisible (p.54)
L’auteur explique que l’abus n’entraîne pas de symptôme particulier qui le désignerait à coup sûr. À cet égard, l’abus n’est pas facile à identifier car les symptômes que l’enfant développe peuvent être très divers, parfois invisibles ou totalement inattendues.
Il faut aussi savoir que certains enfants ne montrent aucun symptôme tant ils sont soigneusement menacés dans ce sens par leur abuseur et cadenassés psychologiquement.
Le déni (p.57)
Je vais terminer cet article avec le frein à la détection qui constitue, à l’avis de Brassin, le plus puissant moteur de notre aveuglement :
Le déni.
« Le déni, en jargon psy, désigne le mécanisme inconscient – et dont involontaire – qui nous masque la réalité lorsque celle si est trop douloureuse. De cette manière, plus on redoute quelque chose, plus on aura tendance à fermer les yeux le jour où cette chose se produira, quelle que soit son évidence. (…)
Il passe de même quand ce déni nous ferme les yeux pour éviter la douleur d’admettre que tel parent, tel proche, tel ami de la famille, ou ce mari avec qui nous avons engagé notre vie, abuse d’un de nos enfants.À combien entre nous est-il arrivé un événement de ce genre, par exemple, d’avoir été trompé et d’avoir laissé passer du temps avant d’accepter de nous en apercevoir ?
Dans le dernier article on a parlé de prévention. La prévention vise évidement à éviter et à empêcher les abus autant qu’il est possible. Cet article nous a montre quelques pistes pour détecter un abus, subis par nos enfants.
Si on a des suspicions, le dernier article peut-être utilisé comme moyen le plus simple et le moins dangereux à appliquer – comme si on n’avait aucun doute – pour détecter les abus et faire obstacle à leur répétition.
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