La famille – voies de transformation

par | Fév 19, 2020 | Développement personnel, Éducation, Vie de famille | 0 commentaires

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai écrit un article sur le thème des “Familles parfaites ? Familles saines et fonctionnelles !“,  j’ai exposé les cinq libertés qui, selon moi, sont à la base d’une famille saine et fonctionelle.
Nous avons ensuite examiné la dynamique d’une famille fondée sur la honte et ses huit caractéristiques.

Maintenant, la question se pose naturellement :

comment puis-je traiter ces informations de manière constructive ? Y a-t-il de l’espoir pour moi lorsque ma propre histoire est marquée par la dynamique de la honte, au lieu de la réalité des cinq libertés ?
Comment puis-je aborder mes schémas de comportement et entrer dans un processus de transformation ?

Dans l’introduction de son Livre „Il n’y a pas de parent parfait“ Isabellle Filliozat décrit, d’une manière impressionnante, la réalité qu’on rencontre quand on fond une famille :

« Ce n’est pas si simple. Les enfants parlent de nous. De notre passé, notre vécu, nos peurs et insécurités.  La dimension systémique est trop souvent omise dans les manuels distillant de conseils aux parents. Relation à l’enfant, mais aussi entre le père et la mère, entre leurs parents et beau parents respectifs. Sans oublier la force de l’inconscient, des non dits, des secrets, des émotions refoulées, des rancœurs, des douleurs inexprimées qui habitent la famille. Tout cela joue un rôle ».[1]

Elle invite ces lecteurs à un voyage intérieur De pouvoir non seulement mieux comprendre, mais changer.

Elle défie ses lecteurs de ne pas se contenter d’être tolérant envers soit même, mais de remplacer la tolérance par un vrai respecte de soi.

« C’est-à-dire, sans tolérance aucune, regarder ses comportements excessifs comme tels, mais sans jugement sur la personne. On peut se dire : « Ji j’agis comme je le fais, c’est que j’ai des raisons pour cela. Reste à découvrir ces raisons pour mieux retrouver ma liberté de me comporter comme je le désire vraiment. » [2]

Mon développement personnel est façonné par ce “respecte de soi”, comme elle l’appelle. Je voulais découvrir ces causes qui ont influencé négativement ma vie et celle de mes proches. Je voulais grandir dans cette liberté “de me comporter comme je le veux vraiment”.

Quand j’ai lu le livre ” Facing Shame – Families in Recovery”  (Faire face à la honte – Familles en voie de rétablissement) il y a quelque temps, j’ai découvert une grille qui a été élaborée par les auteurs.

Ce tableau permet de parler aux familles qui connaissent des situations d’abus dans leurs processus familiaux internes.

J’ai trouvé ce tableau très utile pour façonner et approfondir mon processus de guérison personnel et ma compréhension d’une famille “saine”. Ce tableau est appelé  “Shame control model of abusive family interaction” en anglais. Donc Il s’agit d’une grille permettant de détecter les interactions familiales abusives et de passer progressivement vers une liberté de vivre une interaction familiale saine.

Dans cet article, j’aimerais décrire la manière dont les auteurs présentent cela.

L’abus actif  [3]

La première fenêtre nous montre un abus actif.

Il s’agit de comportements individuels ou d’interactions familiales où des abus évidents se produisent. C’est tangible.

La plupart du temps, les enfants qui grandissent dans un tel foyer peuvent clairement définir ce qui était douloureux ou humiliant pour eux : “Les cris, l’humiliation et la dévalorisation, la violence physique, l’abus sexuel, l’abus d’alcool, le niveau élevé de négligence” … tous ces comportements se retrouvent dans ce quadrant.

Quand je reflétais ma propre famille à la lumière de cette fenêtre, j’ai écrit :

“Dans mon enfance, le comportement de mon père a eu lieu dans cette fenêtre. Il a toujours été tyrannique. Il n’a jamais été physiquement violent ou abusif. Mais nous nous sommes tous inclinés sous la force de ses vagues de contrôle émotionnel et spirituel, qui consistaient en dureté, rigidité, honte, blâme et dépression.
Mes frères et sœurs et moi-même savions très bien de quoi nous devions être guéris et ce que nous devions pardonner ; les choses qu’il avait implantées dans notre vie et dont nous devions être libérés.”

Abus silencieux [4]

Selon mon expérience, le deuxième quadrant est beaucoup plus subtil et moins évident.

“Dans ce quadrant tombe la menace de quitter l’autre, dans ce quadrant se trouvent les reproches, le blâme et le silence.”

Ce comportement a un effet dévastateur sur notre âme. Parce qu’elle n’est pas évidente, elle façonne et forme l’image de soi d’un enfant. Reconnaître

” ta manipulation silencieuse, ton message subliminal selon lequel je ne vaux rien a fait ceci ou cela dans ma vie “

est beaucoup plus complexe que

” tes coups et tes insultes ont eu un impact négatif sur moi “.

Un abus sous-jacent, la honte, le blâme, le silence, la distance et le détachement sont des mots qui s’inscrivent dans cette fenêtre.

Les auteurs expliquent :

Il s’agit du quadrant dans lequel les familles les plus touchées passent le plus clair de leur temps (…) Certaines familles passent du temps que dans ce quadrant et la maltraitance active n’éclate jamais. Dans ces familles, le potentiel d’explosion ne peut jamais être libéré par une décharge ; la tension demeure et est perçue par la ou les personnes les plus sensibles comme une hypersensibilité à la colère et à la peur de la critique ou des représailles”.

Formalité [5]

Le troisième quadrant représente les comportements décents, corrects, plus prudents ou formels. La description dit :

“Les gens sont gentils les uns avec les autres, écoutent avec respect et ne transgressent pas la vie privée des autres”.[6]

La spontanéité est évitée.

Les auteurs expliquent :

“Ce quadrant peut être l’endroit où les familles se retrouvent bloquées parce qu’elles pensent que leur croissance est terminée. Ils ont échappé au style de vie honteux et irrespectueux et peuvent maintenant écrire une autre histoire”.[7]

Mais il y a une certaine froideur dans son amabilité, une incapacité à permettre une relation d’intimité et de proximité.

En lisant cette description, je me suis retrouvée. C’est ainsi que je réagis lorsque je me sens blessé, submergé ou stressé. Je suis suffisamment rétablie pour ne jamais me permettre de jeter la honte sur les autres, de les blesser par des reproches ou d’autres types d’abus, qu’ils soient actifs ou passifs.

Cependant, je me retiens et je contrôle mes actions et mes réactions. Pour Benny, ces moments ont toujours été particulièrement difficiles : je suis présente, mais pas tangible ; une véritable intimité n’est pas vraiment possible et cela laisse un sentiment de “solitude” pour lui et les enfants.

Intimité

Le quadrant intime et spontané est l’étape ultime de la guérison.

C’est un endroit où la vie se déroule. Tout le monde est respecté, mais plus que cela :

C’est un lieu où s’exercent les quatre compétences humaines de base et les cinq libertés. ]8]  Comme décrit dans ce article,

“cela ne signifie pas qu’il y a là une perfection ; on ne l’attend pas dans une telle famille. “Les gens font des erreurs, les gens sont blessés et en colère, les limites sont dépassées et chacun est responsable de son comportement. Il y a toujours un moyen de s’en sortir. La réparation est attendue, est possible et fait partie du dialogue relationnel. Même les sentiments de honte sont possibles et font l’objet de discussions et ne sont pas protégés, déformés ou utilisés à des fins destructrices en tant que secret”.[9]

Le contact d’une telle famille est libre et spontané.

Je suis heureuse de la famille que Benny et moi pouvons avoir ensemble. Nous avons tous deux faits un long chemin vers la guérison et le rétablissement. Tous deux ont pu non seulement comprendre ce qui était douloureux dans nos familles d’origine, mais ont pu être restaurés de l’intérieur pour créer une famille saine et épanouie. Comme décrit ci-dessus, nous ne sommes pas encore toujours dans le “quadrant de l’intimité”.

Cependant, nous sommes dans un processus où nous nous trouvons là avec une liberté et une légèreté croissante.

Tu t’es retrouvé dans une des fenêtres ? Peut-être que tu te poses maintenant la question “Comment passer de l’endroit où je suis au quadrant de l’intimité ?

J’y reviendrai dans le prochain article. Nous examinerons les trois points spécifiques que les auteurs mettent en évidence. Elles illustreront la manière concrète d’aborder un changement.

 

 

  • [1]Filliozat, Il n’y a pas de parent parfait, 2008, p. 16/17
  • [2] Filliozat, Il n’y a pas de parent parfait, 2008, p.23
  • [3],[4],[5],[6],[7] Fossom/Mason, Facing shame, 1986, p.116 – 118
  • [8] comme indiqué dans cet article
  • [9] Fossom/Mason, Facing shame, 1986, p.118

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